
Dans les articles précédents :
C. m'expliqua alors que la nouvelle vague gay - en contre-pied des folles d'antan d'un caricatural qu'on ne retrouve plus guère que dans les comédies musicales de cabarets boui-boui – avait porté son dévolu sur les hommes au look à la fois viril et casual : crâne rasé et veste sport (...)
Les tendances gay étant souvent annonciatrices des nouvelles modes, à l'instar du métrosexuel, que viennent donc nous dire ces nouveaux mecs ?
Il y a peu, le métrosexuel venait répondre pour l'homme à cette attente féminine d'un peu plus de sophistication de la part de leur partenaire. Envie enfantine de jouer à la poupée avec son mec ou volonté pragmatique de faire des économies en partageant les mêmes produits cosmétiques ?
- Chéri, où as-tu mis mon rasoir pour les jambes ?
- Attends j'ai presque fini avec.
Allez savoir.
S'il fut un temps où les hommes ne se posaient pas de questions et où les femmes ne posaient pas de questions, la donne semble avoir quelque peu changé.
Si les femmes sont des chattes, les hommes n'en demeurent pas moins des chiens.
Mais si la gente féminine continue à les voir comme des chiens de casse, ingrats et prêts à mordre la main qui les nourrit, c'est à présent l'autre versant canin du personnage qui semble faire surface. Le brave toutou perdu sans sa maîtresse.
De l'hystérie à la dépression, de l'oppression à la répression
Fin XIXe - début XXe siècle.
Condamnées à devenir des épouses rigides à l'image de leur mère, les jeunes femmes de la bonne société aspiraient secrètement à une autre vie. Mais personne ne les écoutait. Incapables de faire face à leur destin, elles tombaient malades. L'hystérie était le langage de ce désir échoué au seuil de la raison.
Il me semble que c'est Karl Kraus qui avait écrit à l'époque : "Si les femmes sortaient du modèle de la famille patriarcale, la société entière risquait d'être anéantie par un virus de féminisation et d'abaissement des valeurs viriles".
Avec le recul, il aurait été plus exact de penser que c'est ce qu'il se passerait si les hommes n'évoluaient pas aussi parallèlement à la révolution féminine, et non pas à cause de la révolution en elle-même.
XXe siècle.
La levée des barrières qui endiguaient depuis trop longtemps bon nombres de libertés a cependant emporté dans son élan un concept fédérateur à toute société : celui de l'interdit. Car c'est par l'interdit que se développe le désir et le fantasme. Or, si l'imaginaire - par le biais de l'hystérie - pouvait être encore à l'époque exploré par l'interdit, nous sommes aujourd'hui plongés dans une société qui appelle au plaisir et à la consommation hic et nunc, en prenant soin de sauter l'étape de la construction dans l'imaginaire, celle de la privation de l'objet, de son attente : de son désir.
D'un seul coup, il n'y a plus de barrière, plus de limite, plus d'interdit, plus de pression, plus de père. Une perte de re-père qui ne peut amener qu'à la dé-pression.
XIXe siècle.
Et voilà une nouvelle génération qui a été élevée en apprenant que les femmes ont dû lutter contre les hommes pour exister. Les petits garçons intériorisent la culpabilité paternelle et les petites filles deviennent revanchardes. Que deviendront les rapports entre ces jeunes hommes émasculés et ces jeunes femmes prêtes à perpétuer la lutte ?
En même temps l'hypermodernité est en marche, avec ces désillusions : "On est les enfants oubliés de l'histoire mes amis. On a pas de but ni de vraie place, on a pas de grande guerre, pas de grande dépression. Notre grande guerre est spirituelle, notre grande dépression c'est nos vies. La télévision nous a appris à croire qu'un jour on serait tous des millionnaires, des dieux du cinéma ou des rockstars mais c'est faux ! Et nous apprenons lentement cette vérité. On en a vraiment, vraiment plein le cul."
"Femme cherche homme."
Metrosexuel, retrosexuel,
lesbian man, à force de vouloir prendre le vent en poupe, les
hommes-girouettes ne savent plus où donner de la tête.
Génération élevée par des femmes de la révolte féminine qui leur ont dit « Tu seras une femme mon fils », nos jeunes gaillards se sont retrouvés face à des belles camarades de jeux, fortes et indépendantes, à qui ont a appris qu'elles pouvaient avoir le beurre et l'argent du beurre.
Et, en bons petits garçons
qu'ils sont, ils se sont exécutés. Mais voilà, entre
le fémininement correct et virilement souhaité, ils ne
savent plus sur quel pied danser !
A la limite schizos, ces
hommes un peu perdus se posent,
avouons-le, trop de questions.
A force de ne pas se positionner - à l'instar des nouvelles techniques de management de fuite de conflit et du "tout le monde doit m'aimer pour que je puisse m'aimer" - ces hommes n'ont hélas pas dépassé le stade du gentil petit garçon qui attend l'œil humide que leur maman leur dise quoi faire. Quid du syndrome du petit pénis ?
L'augmentation des consultations pour troubles de l'érection, de complexe de taille, les 15 000 spams quotidiens pour les petites pilules bleues ou les customizers péniens sont tout autant de symptômes qui viennent nous dire quelque chose de l'homme : Il ne comprend pas pourquoi il reste un petit garçon.
Et bien grande nouvelle fiston : tu n'en
es plus un ! Il n'y a pas de remède miracle contre la timidité, pas de
recette infaillible pour assurer comme un étalon.
Peut-être
serait-il temps que les hommes, au lieu de chercher en vain à en avoir
une plus grande, s'en fassent pousser une paire plus grosse.
Qu'ils arrêtent de chercher à savoir ce que veulent les femmes au moment même où celles-ci - leur demandant tout et le contraire - s'aperçoivent qu'à force de leur avoir reprocher de masquer leur immaturité sentimentale par une virilité néanderthalienne, elles en avaient fait...des ersatz de femmes ! Et tant qu'on y est, voici un petit secret : les femmes auront toujours besoin des hommes, et vice-versa !
Si la précédente génération de femmes
s'était battue pour obtenir plus (de droit, de respect, d'égalité),
voici que la génération suivante qui avait repris le flambeau de la
lutte des sexes se trouve à la fois privée de son archaïque oppresseur
et de son objet de désir. Ironie du sort ou retour de flamme ?
Mais que les hommes n'attendent pas que le salut de leur virilité passée vienne des femmes. Si celles-ci se sont battues pour qu'on les reconnaissent, il est grand temps que ces derniers se dressent aussi, à leur manière. Et cette fois-ci messieurs, le coup de main ne viendra pas des femmes...